Ton message est ancien Pierre mais il n'est jamais trop tard pour un témoignage positif.
Ma réponse est oui !
Il est en effet possible d'arrêter définitivement la
codéine et de se débarrasser de l'emprise psychologique qu'elle peut avoir sur nous.
Ne pouvant parler que de moi, je te dirais que cela a pris des années pour passer de l'addiction, au
sevrage dégressif, à la rechute, au
sevrage de nouveau...
Jamais je n'ai pourtant cessé de vouloir sortir de cette addiction. Je n'ai donc jamais arrêté d'analyser ma situation, d'essayer de comprendre ce qui me motivais, jusqu'à ce qu'un jour je découvre avec surprise que le dernier
sevrage dégressif que j'avais entamé seule était peut être le bon pour une raison simple: l'envie avait disparu.
A quel moment la dépendance psychologique a disparu, je ne sais pas trop mais j'ai pu tout supporter de ce
sevrage dégressif sur le plan physique parce que je n'avais aucune envie de prendre de cachets.
Les choses auraient été plus simples physiquement avec un traitement substitutif mais je n'en voulais pas pour plein de raisons et quand j'ai fais la seconde moitié du chemin en
CSAPA, l'addicto qui m'a suivie a accepté de me laisser aller sur ma lancée, contre l'avis de ses collègues qui pensaient que je ne supporterais pas le manque physique.
Grossière erreur car sans dépendance psychologique, j'ai pu accepter toutes les difficultés physiques et je dois reconnaitre qu'elles ont été assez intenses chez moi car j'aurais une sorte de réceptivité neurologique à l'emprise des médocs psycho actifs (et soyons honnête j'ai consommé énormément et pendant longtemps). J'ai toléré sans découragement 5 mois d'impatiences nocturnes, 1 an et demi de syndrome de
sevrage prolongé (énorme tension physique et nerveuse dans les bras et les jambes avec des mouvements difficiles à contrôler...) et deux ans d'insomnies assez intense.
Je ne suis pas forte contrairement à ce qu'on a pu me dire mais délivrée de la dépendance psychologique, la difficulté physique du
sevrage d'opiacé a été bien plus facile à supporter.
Alors voilà, ça fait deux ans et demi que j'ai pris mon dernier cachet de codoliprane et je dois reconnaitre que jamais je n'ai eu envie d'en reprendre. Je sais d'ailleurs que jamais je n'en reprendrais, c'est une certitude. Cela ne veut pas dire que je ne succomberais jamais à une autre addiction, mais pas celle-ci, c'est une évidence puisque je ne crois plus du tout à ses bienfaits sur moi et que je me sens enfin libre.
Libre car je n'ai plus l'esprit occupé par la
codéine: faire la tournée des pharmacie de Paris pour ne pas être reconnue (elle était alors en vente libre), m'inquiéter de mes stocks avant les vacances, les week-ends, m'inquiéter d'un voyage à l'étranger, être terrorisée à l'idée d'être démasquée par mes proches.
Libre aussi car je suis de nouveau moi avec tout ce qui me faisait peur et que je masquais sous la
codéine: anxiété débordante (prise en charge avec un antidépresseur qui marche très bien et suffit), esprit agité en permanence au point d'avoir du mal à dormir (je fais de la
méditation de pleine conscience qui me permets, pendant de fugaces instant, de faire taire ce moulin à parole qui analyse, commente tout dans ma tête...moi du dedans quoi), gros problème avec la nuit en général pour des raisons que je n'ai pas encore toutes cernées (c'est un joli challenge d'y arriver avec une thérapie), sens et émotions trop exacerbés (j'apprends à faire avec)...
J'ai retrouvé l'acuité intellectuel que j'avais ralenti sous la
codéine pour ne pas avoir à en supporter les effets pénibles. Finalement, je préfère être un peu agitée du bocal qu'abrutie par des cachets pris massivement en une seule fois le soir en me couchant pendant des années.
Bref, oui, tout cela est possible mais dans mon expérience, ça aura été un peu long pour en arriver là. Je suis sure que certains parviennent à vivre avec cette dépendance psychologique sans replonger. Moi je n'ai jamais eu ce courage alors j'ai fini par trouver une parade, me débarrasser de la dépendance psychologique au fil des ans, de l'auto analyse de mes pensées, réactions, comportements...
Bref, je crois que tes interrogations prouvent que tu es en train de faire toi aussi ce cheminement intérieur. J'espère qu'il sera moins long que le mien mais après tout, ce qui compte, c'est d'aller où l'on veut se rendre. Tu veux te libérer de l'emprise de la
codéine, alors peu importe le temps que cela prendra, tu y arriveras.
Enfin, pour rebondir sur ta phrase à propos du bonheur, je te dirais que pendant des années j'ai confondu plaisir et bonheur alors que si le plaisir est une composante pour se sentir heureux, il peut aussi exister alors qu'on ne l'est pas.
J'ai ressenti beaucoup de plaisir à prendre de la
codéine et j'ai cru que cela me rendais heureuse. En réalité je ne l'étais pas. Il a fallu que je me libère de la
codéine, que je retrouve tous ces petits bonheurs du quotidien pour me souvenir que les deux notions ne se confondaient pas.
Ca peut paraitre sans importance mais c'est fondamental de ne plus confondre plaisir et bonheur, c'est une des pistes de guérison de cette fichue dépendance psychologique, enfin ça a été une des miennes avec la prise de conscience des raisons de ma dépendances et des fausses croyances que j'avais placées en elle.
J'ai été longue, comme d'hab mais je te souhaite le meilleur, c'est à dire ce que tu veux réellement. Surtout, accepte qu'entre ce que tu veux et ce que tu peux faire, il y a parfois un espace un peu long. Ne vas pas te juger sévèrement si ce que tu peux faire actuellement n'est pas à la hauteur de ce que tu veux. Bref, ne rajoute pas à tes difficulté une souffrance morale supplémentaire.