Très loin dans les vapeurs mouvantes du brouillard, l'inertie doucement se mue en éclats de voix... Timbres avares et délicieux chevrotement. Est-ce déjà mon rêve où converge la réalité? Les visages semblent avoir tous été coulés de la même cire épaisse et immobile. Indifférents. Les yeux sous un couche de gel cristallin sont le thermomètre mourrant d'un éternel hiver. Froids. Les mains restent des poings fermés, serties de préjugés comme l'écho de toutes les fois où elles ont tourné le dos. Cruelles.
Contre quoi dois-je me battre à présent? Institutions. Justifications. Confrontations. Incompréhension...
Ah... vous êtes toxicomane?
On a promis de m'offrir une deuxième chance. Des gens sur mon chemin, comme des balises flottant au hasard d'un océan en colère... Et, comme en pleine tempête, les bouts de rien auxquels je pourrais m'accrocher ne m'offrent que le remous insensé des vagues déchaînées.
Non, je ne viens pas réclamer "mon dû". On m'avait dit que je pourrais trouver de l'aide ici. Je croyais...
Pourquoi la gentillesse devrait-elle se mériter? Ca coûte quoi un sourire? Un sourire en retour? C'est si dur d'arracher des regards qui ne puent pas la condescendance. Je demande pas la lune sur un plateau d'argent! Juste du respect pour moi en tant qu'être humain.
Pourquoi les gens sont toujours obligés de me faire sentir que je suis moins que rien... Et surtout moins qu'eux... J'ai l'impression de devoir me battre contre la société toute entière. Parce que s'il y avait une échelle sociale je serais tout en bas. Là où on a pas envie de regarder. Et si je veux remonter la pente, sortir de ce gouffre-poubelle dans lequel je me suis mise, il faut que je bouscule un peu tout le monde sur mon passage. Et ça, ça ne plaît pas.