vous vous êtes déjà arrêtés à regarder une trace par en dessous ?
instant de voyeurisme au regard perdu.
rien d'autre qu'une petite ligne de conglomérats granuleux. Écrasée et aplatie dans le reflet d'un miroir. Doublée par son ombre, c'est multiplier la quantité sans risque d'od.
j'ai sorti de ma table de chevet un miroir aux bords arrondis. j'ai attrapé les cartes qui lui font compagnie et, d'une gestuelle mécanique devenue naturelle, j'ai écrasé mon petit cailloux. Il crépite sous la carte. Maigre fond de pochon ; « couleur crème » on aurait dit s'il s'agissait d'un canapé, « marron » sans les nuances pantone d'une vie en noir et blanc.
J'ai aligné sagement la poudre à la file indienne, sans être pressée, méticuleuse dans les gestes, impatiente de l'attente de la monté. Panacée d'espoirs pour pallier à mes frustrations. Réconfort relatif qui picote les narines.
Dans la glace, ma gueule avec la paille enfoncée dans le nez. Rare de me voir seule à enchaîner les gestes dans le silence de bourdonnement d'un radiateur premier prix. Je ne cherche pas à me cacher face au reflet, c'est juste trop compliqué de partager cette fois.
Enlacée dans une étreinte presque plus chaude que la couette opiacée, je ne garde pas de secrets. Pas de cachotteries, sauf, mon petit pochon au fond du tiroir. Ce n'est pas une dissimulation arbitraire, mais j'obtempère à une demande explicite. J'ai failli le dévoiler à plusieurs reprises, lors d'une soirée
coke par exemple, quand l'envie d'une trace plus foncée a pris place sur ses lèvres. Mais un sage conseil a fini par m'en dissuader (pour qu'on se retrouve complices dans les chiottes à taper en douce).
Moi, je ne sais pas d'où je tire cette capacité à la frustration, à me satisfaire d'un retour à la lucidité orné d'une légère chiasse au bout de l'anus. C'est peut-être question de temps, mais pour l'instant, une petite boulette planquée est d'un réconfort essentiel. Si je sais qu'elle est là, c'est l'apaisement de me dire que j'ai le choix de décider de ne pas m'en servir. Comme un marteau brise vitre accroché en cas de besoin. Présence rassurante d'un potentiel rail sauveteur. Si j'avais rien, une angoisse étranglante me donnerait envie en permanence. La terreur de devoir face aux tempêtes de la vie sans buée. Déjà qu'on m'a amputé de ces cachets rouges fluo qu'on appelait « une boite de padéryl, s'il vous plaît » à demander au souhait sous une lumière verte réconfortante. De savoir que des palettes entières se stockaient derrière les comptoirs me suffisait. Maintenant, je fais mes provisions autrement, je me rassure comme je peux. Dans les aléas d'un service pas toujours assuré, moi que je n'ai jamais voulu de zérosix à appeler. Dans le hasard des rencontres et des propositions. Avec juste une petite constante à me faire compagnie du fond de la planque.
Mais j'ai bien compris que les mécanismes du cerveau sont propres à chacun. Des habitudes qui s'enracinent dans le quotidien. Un attrait bien plus facile à combattre quand on ne sait pas que le remède se cache dans un plastique à porté de main. Je n'ai pas la prétention culpabilisante de croire que ça serait à cause de moi que la personne dont les jambes j'ai vues s'agiter à longueur de nuits, y « retombe dedans ». Un sale psy avait bien voulu me le faire croire. Comme si on pouvait arrêter pour amour. Je consomme pour moi, je ne peux pas m'en empêcher pour quelqu'un. Ma preuve de passion et tendresse c'est de me priver du partage.
Et je garde moins d'un demi, patiemment renouvelé, dans le silence. Mais là, face à la parano, je me retrouve obligée de faire le ménage.
Je vais y retourner d'ailleurs pour balayer la dernière trace et son ombre. Pour épier par en dessous encore une fois cette ligne marronâtre qui n'indique aucune direction.
Plus rien après.
Au moins pour ce soir.
Car, je suis sauvée, maintenant j'ai trouvé un plan.